• Ode au chat :

    Le poète chilien PABLO NERUDA (1904-1973) a signé une magnifique ode à notre félin préféré ( bien que connu pour préférer les chiens !!!!!!!! ) :



    ODE AU CHAT  :


    Au commencement
    les animaux furent imparfaits
    longs de queue,
    et tristes de tête.

    Peu à peu ils évoluèrent
    se firent paysage
    s’attribuèrent mille choses,
    grains de beauté, grâce, vol...
    Le chat
    seul le chat
    quand il apparut
    était complet, orgueilleux.
    parfaitement fini dès la naissance
    marchant seul
    et sachant ce qu’il voulait.

    L’homme se rêve poisson ou oiseau
    le serpent voudrait avoir des ailes
    le chien est un lion sans orientation
    l’ingénieur désire être poète
    la mouche étudie pour devenir hirondelle
    le poète médite comment imiter la mouche
    mais le chat
    lui
    ne veut qu’être chat
    tout chat est chat
    de la moustache à la queue
    du frémissement à la souris vivante
    du fond de la nuit à ses yeux d’or.

    Il n’y a pas d’unité
    comme lui
    ni lune ni fleur dans sa texture:
    il est une chose en soi
    comme le soleil ou la topaze
    et la ligne élastique de son contour
    ferme et subtil
    est comme la ligne de proue d’un navire.
    Ses yeux jaunes
    laissent une fente
    où jeter la monnaie de la nuit.

    Ô petit empereur
    sans univers
    conquistador sans patrie
    minuscule tigre de salon,
    nuptial sultan du ciel
    des tuiles érotiques
    tu réclames le vent de l’amour 
    dans l’intempérie
    quand tu passes
    tu poses quatre pieds délicats
    sur le sol
    reniflant
    te méfiant de tout ce qui est terrestre
    car tout est immonde
    pour le pied immaculé du chat.

    Oh fauve altier de la maison,
    arrogant vestige de la nuit
    paresseux, gymnaste, étranger
    chat
    profondissime chat
    police secrète de la maison
    insigne d’un velours disparu
    évidemment
    il n’y a aucune énigme
    en toi:
    peut-être que tu n’es pas mystérieux du tout
    qu’on te connaît bien
    et que tu appartiens à la caste la moins mystérieuse
    peut-être qu’on se croit
    maîtres, propriétaires,
    oncles de chats,
    compagnons, collègues
    disciples ou ami
    de son chat.

    Moi non.
    Je ne souscris pas.
    Je ne connais pas le chat.
    Je sais tout de la vie et de son archipel
    la mer et la ville incalculable
    la botanique
    la luxure des gynécées
    le plus et le moins des mathématiques
    le monde englouti des volcans
    l’écorce irréelle du crocodile
    la bonté ignorée du pompier
    l’atavisme bleu du sacerdoce
    mais je ne peux déchiffrer un chat.

    Ma raison glisse sur son indifférence
    ses yeux sont en chiffres d’or.



    Au commencement
    les animaux furent imparfaits
    longs de queue,
    et tristes de tête.

    Peu à peu ils évoluèrent
    se firent paysage
    s’attribuèrent mille choses,
    grains de beauté, grâce, vol...
    Le chat
    seul le chat
    quand il apparut
    était complet, orgueilleux.
    parfaitement fini dès la naissance
    marchant seul
    et sachant ce qu’il voulait.

    L’homme se rêve poisson ou oiseau
    le serpent voudrait avoir des ailes
    le chien est un lion sans orientation
    l’ingénieur désire être poète
    la mouche étudie pour devenir hirondelle
    le poète médite comment imiter la mouche
    mais le chat
    lui
    ne veut qu’être chat
    tout chat est chat
    de la moustache à la queue
    du frémissement à la souris vivante
    du fond de la nuit à ses yeux d’or.

    Il n’y a pas d’unité
    comme lui
    ni lune ni fleur dans sa texture:
    il est une chose en soi
    comme le soleil ou la topaze
    et la ligne élastique de son contour
    ferme et subtil
    est comme la ligne de proue d’un navire.
    Ses yeux jaunes
    laissent une fente
    où jeter la monnaie de la nuit.

    Ô petit empereur
    sans univers
    conquistador sans patrie
    minuscule tigre de salon,
    nuptial sultan du ciel
    des tuiles érotiques
    tu réclames le vent de l’amour 
    dans l’intempérie
    quand tu passes
    tu poses quatre pieds délicats
    sur le sol
    reniflant
    te méfiant de tout ce qui est terrestre
    car tout est immonde
    pour le pied immaculé du chat.

    Oh fauve altier de la maison,
    arrogant vestige de la nuit
    paresseux, gymnaste, étranger
    chat
    profondissime chat
    police secrète de la maison
    insigne d’un velours disparu
    évidemment
    il n’y a aucune énigme
    en toi:
    peut-être que tu n’es pas mystérieux du tout
    qu’on te connaît bien
    et que tu appartiens à la caste la moins mystérieuse
    peut-être qu’on se croit
    maîtres, propriétaires,
    oncles de chats,
    compagnons, collègues
    disciples ou ami
    de son chat.

    Moi non.
    Je ne souscris pas.
    Je ne connais pas le chat.
    Je sais tout de la vie et de son archipel
    la mer et la ville incalculable
    la botanique
    la luxure des gynécées
    le plus et le moins des mathématiques
    le monde englouti des volcans
    l’écorce irréelle du crocodile
    la bonté ignorée du pompier
    l’atavisme bleu du sacerdoce
    mais je ne peux déchiffrer un chat.

    Ma raison glisse sur son indifférence
    ses yeux sont en chiffres d’or.

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